À rayons ouverts, chroniques de BAnQ

no 56, octobre-décembre 2001


Fusion de la BNQ et de la GBQ

Le 14 novembre 2000, le ministère de la Culture et des Communications du Québec a déposé un projet de loi visant à créer une nouvelle institution issue de la fusion de la Bibliothèque nationale et de la Grande bibliothèque. La nouvelle Bibliothèque nationale du Québec exercera les mandats des deux institutions actuelles : acquisition, traitement, conservation et diffusion de l'édition nationale; diffusion de la collection générale de la Bibliothèque centrale de la Ville de Montréal; acquisition et diffusion d'une collection universelle; soutien aux bibliothèques publiques du Québec; distribution de services à des clientèles particulières; rayonnement en milieu documentaire.

L'article 14 du projet de loi énonce ainsi les missions et les objectifs de la nouvelle institution :

La Bibliothèque a pour mission de rassembler, de conserver de manière permanente et de diffuser le patrimoine documentaire québécois publié et tout document qui s'y rattache et qui présente un intérêt culturel, de même que tout document relatif au Québec et publié à l'extérieur du Québec.

Elle a également pour mission d'offrir un accès démocratique au patrimoine documentaire national, à la culture et au savoir et d'agir, à cet égard, comme catalyseur auprès des institutions documentaires québécoises, contribuant ainsi à l'épanouissement des citoyens.

Plus particulièrement, elle poursuit les objectifs suivants : valoriser la lecture, la recherche et l'enrichissement des connaissances, promouvoir l'édition québécoise, faciliter l'autoformation continue, favoriser l'intégration des nouveaux arrivants, renforcer la coopération et les échanges entre les bibliothèques et stimuler la participation québécoise au développement de la bibliothèque virtuelle.

Adopté le 31 mai dernier, le projet de loi sera mis en vigueur au cours des prochains mois. La nouvelle bibliothèque nationale du Québec sera accessible sur place ou à distance, et desservira la population montréalaise, ainsi que tous les citoyens du Québec. Elle possédera deux bâtiments modernes : l'édifice de la rue Holt, inauguré en 1997 et voué à l'acquisition, au traitement et à la conservation de la collection nationale; l'édifice de la rue Berri, qui sera inauguré en 2003 et qui offrira l'ensemble des collections et des autres services.

Des consultations ont été effectuées auprès des milieux documentaires, universitaires et de l'édition afin de constituer un conseil d'administration chargé de l'administration des affaires de la nouvelle Bibliothèque. Un comité de mise en œuvre, présidé par madame Lise Bissonnette, présidente-directrice générale de la Grande bibliothèque, et auquel je participe, en tant que président et directeur général par intérim de la Bibliothèque nationale du Québec, œuvre actuellement afin d'assurer une transition harmonieuse. Un plan d'organisation administrative, soumis pour approbation à madame Diane Lemieux, ministre d'État à la Culture et aux Communications et ministre responsable de la Charte de la langue française, sera ensuite mis en application. La nouvelle Bibliothèque nationale du Québec sera en mesure de jouer un rôle majeur dans la diffusion du savoir et l'épanouissement de la culture au Québec.

Jean-Guy THEORET
Président et directeur général par intérim


Retour au menuLe théâtre québécois au XXe siècle

À compter du 23 novembre prochain, seront présentés à la Bibliothèque nationale un colloque et une exposition accompagnée d'un catalogue, offrant un panorama du théâtre québécois de langue française au XXe siècle.

Le colloque, intitulé Théâtres québécois et franco-canadiens au XXe siècle. Bilan, nouvelles perspectives et voie actuelle de la recherche, est organisé conjointement par le Centre d'études québécoises (CÉTUQ) de l'Université de Montréal et l'École supérieure de théâtre de l'UQÀM, en collaboration avec la Société québécoise d'études théâtrales (SQET) et la Bibliothèque nationale du Québec, hôte de la rencontre.

Afin de souligner le 25e anniversaire de la fondation de la SQET, le colloque se propose de faire le point sur l'état des connaissances historiographiques touchant la production théâtrale au Québec et au Canada français entre 1900 et aujourd'hui.

Les participants chercheront à dégager une vue synthétique et critique sur l'un ou l'autre des principaux aspects de l'activité théâtrale - de la dramaturgie à la mise en scène, en passant par le jeu de l'acteur, la gestion, les lieux théâtraux et la réception -, de manière à en cerner les dynamiques porteuses, les facteurs de changement et les figures clés (individus et organismes) au cours du XXe siècle.

Le colloque est organisé par Hélène Beauchamp (UQÀM) et Gilbert David (Université de Montréal). Il se déroulera dans la salle Saint-Sulpice de la Bibliothèque nationale, 1700, rue Saint-Denis, les 23 et 24 novembre. Pour information : École supérieure de théâtre de l'UQÀM 514 987-4116 ou la Théâtrothèque du CÉTUQ theatrotheque@etfra.umontreal.ca

L'exposition Théâtres au programme - la première du genre à se tenir au Québec - est organisée conjointement par la Bibliothèque nationale du Québec et la Théâtrothèque du CÉTUQ.

L'exposition proposera plus de 200 programmes de théâtre, tirés des collections de la BNQ et de celles de la Théâtrothèque du CÉTUQ ou provenant de collectionneurs privés. Un catalogue de 64 pages sera publié à cette occasion.

L'exposition poursuit deux objectifs : premièrement, celui de donner les outils d'analyse élémentaires pour cerner l'objet « programme » en tant que paratexte théâtral, c'est-à-dire un imprimé, produit en périphérie de l'événement spectaculaire, qui se situe à la jonction de la scène et de la salle; deuxièmement, celui de proposer un panorama des programmes du théâtre francophone à Montréal au cours du XXe siècle, en cherchant à en dégager les principales tendances, tant sur le plan de leur facture qu'en ce qui concerne leur contenu. Cette présentation sera une occasion de regarder d'un peu plus près les traces de l'histoire du théâtre montréalais, comme autant de vestiges qui disent combien l'acte théâtral, se sachant éphémère, cherche toujours un peu à se survivre. Ainsi, les programmes sont-ils autant de lieux de mémoire qui, bien entendu, ne remplacent pas les représentations elles-mêmes. Cependant, après nous avoir servi de guides les soirs mêmes où les acteurs jouent la comédie, ils sont encore là pour nous faire signe, longtemps après leur premier usage…

L'exposition est présentée à l'édifice Saint-Sulpice de la Bibliothèque nationale du Québec, du 23 novembre 2001 au 2 février 2002. Les conservateurs en sont Gilbert David et Sylvain Schryburt ( CÉTUQ ) et la designer Johanne Roy.

Gilbert DAVID
Geneviève DUBUC


Retour au menuAcquisitions récentes à la Division des archives privées

La Division des archives privées a acquis cette année le volumineux fonds de Paul Buissonneau qui témoigne de sa féconde carrière, autant comme metteur en scène et directeur artistique que comme comédien, décorateur, écrivain, animateur et professeur de mime. On trouve dans son fonds, en premier lieu, les diverses versions de ses œuvres écrites pour le théâtre, la télévision, le cinéma ou à titre d'essai autobiographique. Le fonds renferme aussi un grand nombre de textes dramatiques accompagnés surtout de notes de mise en scène, de dessins de décors, de programmes, de coupures de presse, de près de 60 productions auxquelles Buissonneux a été associé. Pour certaines de ces pièces, comme les créations collectives ou les œuvres inédites, les textes obtenus sont les seuls vestiges de leur réalisation. Le travail de Buissonneau comme comédien est illustré notamment par d'autres textes annotés de pièces de théâtre, de scénarios de films et de textes télévisuels qui rappellent, entre autres, son célèbre personnage de Picolo qu'il a créé à la section jeunesse de Radio-Canada en 1954. Le fonds regroupe aussi des textes de pièces, d'intéressants journaux de bord et des rapports qui illustrent l'intense vie artistique que Paul Buissonneau a su insuffler à La Roulotte, théâtre ambulant qui avait comme mission d'animer les parcs de la ville de Montréal. On peut également trouver là les traces de son importante contribution comme professeur de mime et surtout comme fondateur, puis directeur artistique et principal metteur en scène, pendant près de 20 ans, au Théâtre de Quat'Sous. Il est à noter que les documents iconographiques occupent plus du tiers du volume du fonds et sont une source très riche pour l'étude et l'illustration de l'évolution de la dramaturgie québécoise du milieu des années 1950 à la fin du siècle.

Par ailleurs, certains fonds dont nous ne possédions que quelques éléments rassemblent maintenant la plupart des archives de leur créateur. C'est le cas du fonds de Jean-Guy Pilon, qui est passé de quelques centimètres à un imposant ensemble de quatre mètres linéaires, et du fonds de Suzanne Paradis, qui regroupe désormais plus de deux mètres d'archives.

On trouve, dans le complément au fonds Jean-Guy-Pilon, les diverses versions de l'ensemble de ses œuvres publiées ou inédites, autant dans le domaine de la poésie et du théâtre que de la télévision, de la radio ou de l'essai journalistique. On y découvre ses écrits de jeunesse, mais aussi des textes d'autres auteurs le concernant. De nombreux dossiers professionnels et personnels ainsi qu'un grand nombre de documents audiovisuels permettent de suivre l'évolution de Jean-Guy Pilon qui, après être entré à Radio-Canada, en 1954, à titre de réalisateur, y a fondé, en 1970, le Service des émissions culturelles qu'il a dirigé jusqu'à la fin de 1984. On peut aussi mesurer son immense apport notamment comme conférencier, éditeur, directeur de revues prestigieuses, président de l'Académie canadienne-française qui deviendra l'Académie des lettres du Québec, membre du Conseil des Arts du Québec, animateur de la scène littéraire ici, mais aussi dans d'importants forums internationaux dont la Rencontre québécoise internationale des écrivains qu'il a mise sur pied. Le courrier, qui occupe près du tiers du volume du fonds, est une source très riche pour l'étude des relations intenses et profondes entre Jean-Guy Pilon et ses nombreux correspondants dont la plupart sont des gens de lettres célèbres.

Quant à l'important versement au fonds Suzanne-Paradis, il témoigne des multiples activités de cette femme qui, en plus de s'être fait connaître comme poète, romancière, dramaturge et essayiste a aussi été critique et nouvelliste. Ce nouveau lot enrichit grandement notre fonds acquis en 1974 et qui ne contenait qu'un seul manuscrit. Le nouvel ensemble reflète bien les multiples publications de l'une des écrivaines les plus prolifiques du Québec. On trouve dans cet ajout les diverses versions de pas moins d'une trentaine de ses romans et recueils de poésie, mais aussi de la plupart de ses récits, essais, conférences, critiques, journaux de voyage, pièces de théâtre, nouvelles, textes radiophoniques, chansons, textes pour le cinéma ou pour les enfants ainsi que les traductions de ses œuvres et des textes la concernant.

D'autres créateurs ont actualisé leur fonds en nous expédiant d'importants compléments. La Bibliothèque a ainsi reçu des ajouts substantiels aux archives d'Yves Beauchemin, de Marcel Dubé, d'Hélène Pedneault et de France Théoret. Parmi les nouveaux documents obtenus d'Yves Beauchemin, signalons les multiples versions de trois de ses romans pour la jeunesse et un volumineux dossier relatif à sa collaboration au livret de l'opéra Le Prix. Pour Marcel Dubé, il s'agit principalement des manuscrits de son dernier roman Yoko ou Le retour à Melbourne, de son travail d'adaptation d'œuvres pour le cinéma et la télévision, de textes de discours, d'articles et de mémoires. Le versement obtenu d'Hélène Pedneault, en plus de compléter certaines séries comme sa biographie de Clémence Desrochers et sa pièce La Déposition, enrichit le fonds de trois nouvelles œuvres : Dialogue de nuit, Pour en finir avec l'excellence et La Solitude des pierres. L'ajout complète aussi indirectement le fonds Françoise-Loranger avec une adaptation et une suite originale du téléroman Sous le signe du lion. France Théoret nous a confié, elle aussi, les manuscrits de la plupart de ses œuvres publiées au cours des dernières années. Mentionnons, dans ce corpus, son roman Laurence, l'essai Journal pour mémoire, plusieurs poèmes, les textes de ses nombreux articles parus dans diverses revues littéraires et universitaires ainsi que des textes radiophoniques et des conférences prononcées lors de rencontres littéraires ou politiques. Quelques documents informatifs et une intéressante correspondance accompagnent le tout.

On remarque, particulièrement cette année, les nombreux compléments à nos fonds du domaine musical. Le fonds du chef d'orchestre, arrangeur et compositeur Giuseppe Agostini, se trouve grandement avantagé par l'addition de près de mille partitions manuscrites. Un autre fonds, celui de José Delaquerrière, s'est enrichi d'un grand nombre de photos, d'imprimés, de quelques lettres, mais aussi de documents sonores et audiovisuels témoignant de ses activités, surtout comme directeur de la chorale Chœur de France, avec laquelle il a donné de multiples récitals, entre 1938 et 1965. La découverte, par la fille d'Eugène Lapierre, d'un recueil manuscrit renfermant la transcription pour chant et piano des airs et pièces orchestrales de l'opéra-comique Le Père des amours, créé en 1942 au Monument national pour commémorer le tricentenaire de Montréal, a été l'occasion de compléter la majorité des séries déjà existantes du fonds. Depuis 1992, la Bibliothèque reçoit chaque année de nouvelles parties au fonds de Clermont Pépin. Le dernier versement nous renseigne sur la genèse et la diffusion de huit œuvres de cet éminent compositeur, dont une œuvre conçue alors qu'il avait douze ans.

Des documents ont été ajoutés à huit autres fonds, notamment aux fonds de Claude Aubry, d'Hermas Bastien, d'André Beauregard, de Paul Blouin, de Jovette Marchessault et de Claude Péloquin. Signalons finalement, parmi les nouveaux fonds obtenus, le fonds d'Édouard Jasmin qui, tout comme son fils Claude, s'est fait connaître comme céramiste, peintre et écrivain. Le tout représente plus de 16 mètres linéaires de documents.

Jacques PRINCE
Division des archives privées


Retour au menuLa Bibliothèque Saint-Sulpice 1910-1931

La Bibliothèque Saint-Sulpice porte depuis son origine la marque d'un accomplissement total : son concept même, son bâtiment, ses collections et ses activités en feront un haut lieu de la culture montréalaise et québécoise pendant près d'un siècle.

Héritière des bibliothèques publiques sulpiciennes, d'abord la Bibliothèque de l'Œuvre des bons livres (1844) puis celle du Cabinet de Lecture (1857), la Bibliothèque Saint-Sulpice ouvre ses portes en septembre 1915 comme bibliothèque publique universitaire, à l'exemple de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, qui en est en quelque sorte le modèle jusque dans le choix de son emplacement en plein Quartier latin. La décision d'amalgamer les deux niveaux que sont recherche et lecture publique date des réunions conjointes tenues à partir de 1910 entre la direction de l'Université Laval à Montréal et le Conseil des Sulpiciens. Cette double vocation est aujourd'hui reprise par la nouvelle Bibliothèque nationale qui naîtra de la fusion de la Bibliothèque nationale du Québec et de la Bibliothèque publique de Montréal. La Bibliothèque Saint-Sulpice demeurera la bibliothèque de l'Université de Montréal jusqu'au déménagement de cette dernière sur le flanc nord du Mont-Royal. Avec le temps, les différentes écoles, dont celle des Hautes Études Commerciales et Polytechnique, ont aussi migré vers la montagne, faisant place à un Quartier latin renouvelé, celui qu'occupe présentement l'Université du Québec à Montréal. Le choix de l'emplacement de la nouvelle Bibliothèque nationale a aussi grandement été guidé par la synergie que crée le campus universitaire, les nombreuses institutions culturelles, salles de spectacle et d'exposition, et même la relative proximité des Archives nationales du Québec dans l'ancien bâtiment de l'École des Hautes Études Commerciales, au carré Viger.

Conçue au départ comme complexe culturel, la Bibliothèque a su garder ses fonctions actives tout au long de son histoire qui, il faut bien le dire, est tout de même assez mouvementée : qu'on pense à sa fermeture, pendant quelques années, suite à la Crise économique de 1929, à l'utilisation de tous ses locaux, après l'incendie de l'Université en 1919, comme salles de cours, à ses démêlés avec le Conservatoire national de musique qui, vers 1930, voudrait bien, selon l'expression de son premier conservateur, Ægidius Fauteux, « transformer la bibliothèque en grand hall pour leur nouvelle salle de concert de 3 600 places ». Cette salle aurait été construite à l'arrière de la Bibliothèque sur l'emplacement de l'entrepôt J.-B. Baillargeon incendié un peu plus tôt. Le projet n'a pas de suite, mais le terrain qui avait été acquis par la Ville de Montréal pour le Conservatoire étant toujours resté vacant fut l'objet d'au moins trois projets d'agrandissement de la Bibliothèque : 1942, 1970 et, de façon récurrente, de 1989 à 1996. Son acquisition, en 1939, par le Gouvernement du Québec, en paiement des taxes dues par les Sulpiciens à la Ville de Montréal, se fera sans changer ni sa nature ni sa mission.

Le bâtiment séduit tous les publics dès son ouverture, et il est encore reconnu comme la plus belle réussite du mouvement Beaux-Arts et l'un des plus beaux édifices de Montréal. Les plans, parmi lesquels figurent l'aquarelle de l'élévation de la façade de l'architecte Eugène Payette, sont présentés au Musée McCord à l'automne 1977 lors de l'exposition intitulée La fin d'une époque, Montréal 1880-1914. En 1998, la même aquarelle prend la vedette au Centre canadien d'architecture lors de l'exposition Montréal métropole 1880-1930; elle est considérée comme une pièce importante de cette période. Encore au CCA, le 27 janvier de l'année suivante, le professeur Raymonde Gauthier en traite dans une conférence intitulée Deux bibliothèques Beaux-Arts. Et en octobre dernier, les dirigeants d'Héritage Montréal ont tenu à souligner l'anniversaire des 25 ans d'action de sauvegarde patrimoniale de l'organisme dans les salles de l'édifice Saint-Sulpice, ce dernier présentant pour eux à la fois des qualités esthétiques et un degré de préservation remarquables. La Bibliothèque a aussi servi de cadre, en mai 1999, à un colloque soulignant le centenaire des Soirées du Château de Ramezay, les responsables souhaitant baigner les participants dans une atmosphère proche de celle de l'époque de Nelligan. L'édifice, meubles et immeuble, classé monument historique en 1988, est toujours un des rares bâtiments du gouvernement québécois jouissant de cette protection.

Si l'édifice a bénéficié d'un classement il y a quelques années, les collections de la Bibliothèque avaient auparavant fait l'objet d'une reconnaissance : d'abord, en 1939, par une étude et un inventaire du comité dirigé par René Garneau, dans le cadre de l'Inventaire des biens culturels dont Gérard Morisset était le grand maître d'œuvre. On sait que les conclusions positives et non équivoques du Rapport Garneau ont déterminé le Gouvernement du Québec à acquérir la bibliothèque en prenant le relais des Sulpiciens, entre 1937 et 1939. Ces considérations sur les qualités exceptionnelles des collections de Saint-Sulpice vont être reprises dans les écrits des conservateurs qui ont suivi, à commencer par le premier administrateur de l'ère gouvernementale, Jean-Marie Nadeau.

Plus tard, des analyses des collections en confirment la valeur et la complétude. À titre d'exemple, celle du Comité de la BNQ sur la Collection Saint-Sulpice, dirigé par Jean-Rémi Brault, en 1990-1991, apporte un tel éclairage positif sur le sujet, particulièrement sur la valeur documentaire exceptionnelle de l'ensemble et sur le témoignage tout aussi exceptionnel de la circulation des idées par l'imprimé au Québec avant 1967, qu'il débouche, en 1998, sur la demande de classement de cette collection par l'AQEI (Association pour l'étude de l'imprimé québécois). Un autre exemple, et qui peut, cette fois, servir de barème pour mesurer l'exhaustivité des collections québécoises, est l'étude de Gaston Miron sur les ouvrages de poésie québécoise publiés entre 1803 et 1967 donc, à une période d'un siècle et demi antérieure à l'application de la loi du dépôt légal. Le rapport Miron établit que la Bibliothèque possède 98 % des documents existants édités pendant cette période. Un exercice semblable a été fait, qui donne des résultats comparables, avec le catalogue Le Québec français : imprimés en français du Québec 1764-1990 à la British Library.

La Bibliothèque Saint-Sulpice garde son nom jusqu'à ce qu'elle devienne la Bibliothèque nationale du Québec en janvier 1968. Entre-temps, la BSS portera le sous-titre de bibliothèque provinciale puis de bibliothèque d'État. Comme l'histoire se répète souvent, on peut penser que, si les instigateurs de la Bibliothèque Saint-Sulpice ont pu s'inspirer du double mandat de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, on peut aussi se demander s'ils avaient vu aussi loin en prévoyant que la BSS deviendrait Bibliothèque nationale. Cependant la filiation tient quand on sait que Sainte-Geneviève est aussi dépositaire d'une des copies reçues en dépôt légal par la Bibliothèque nationale de France et dont elle assure la diffusion.

Le paysage montréalais perdrait beaucoup en voyant disparaître l'édifice de la Bibliothèque Saint-Sulpice, ce qui est heureusement peu probable étant donné son classement. Cependant, l'ensemble des collections mérite aussi une grande attention, car elles avaient été développées pour que la Bibliothèque en vienne « à posséder ce que nulle autre ne peut se permettre d'avoir »comme le disait Georges Cartier en 1965, peu après sa nomination comme conservateur.

Jean-René LASSONDE
Direction de la référence


Retour au menuLes Statistiques de l'édition au Québec

La Bibliothèque nationale du Québec publie les Statistiques de l'édition au Québec en 2000, qui présentent la production annuelle québécoise de livres et de brochures, ainsi que des journaux, des revues et des annuels déposés pour la première fois à la Bibliothèque.

En 2000, l'édition québécoise a progressé, et la Bibliothèque nationale du Québec a reçu, en dépôt légal, 9476 titres, constitués de 6041 livres et de 3435 brochures, ce qui représente une augmentation de 9,5 % par rapport à l'année précédente. Les catégories de publications qui rassemblent le plus grand nombre de titres sont identiques à celles des années précédentes : langues et littérature; sciences sociales; philosophie, psychologie, religion ; médecine; sciences; technologie; éducation; droit.

Le prix moyen des livres demeure stable, et passe de 25,73 $ à 25,77 $ cette année. Le prix moyen des brochures, qui était de 9,77 $ en 1999, se situe à 9,47 $ en 2000.

Les éditeurs commerciaux ont produit 52,9 % des titres en 2000, et le gouvernement du Québec conserve le second rang avec 19 % des titres. Les maisons d'enseignement viennent ensuite avec 9,3 % de la production. On compte 1 606 éditeurs qui ont déposé au moins une publication.

On a déposé 930 publications pour jeunes et 552 manuels scolaires. La Bibliothèque a acquis 43 livres d'artistes. Les coéditions réalisées avec des éditeurs étrangers atteignent 234 titres. Enfin, on a déposé 801 nouveaux titres de périodiques : 29 journaux, 294 revues et 478 annuels.

Les Statistiques de l'édition au Québec en 2000 sont disponibles, au coût de 10 $, auprès de la section des publications de la BNQ. Vous pouvez consulter les statistiques détaillées des années précédentes sur le site de la Bibliothèque.

Claude FOURNIER
Direction de la référence

 

Monographies livres et brochures
 
1999
2000
Nombre de titres
8657
9476
Tirage moyen
2089
2133

 

Publications en série revues, journaux et autre
 
1999
2000
Nombre de titres
653
801
Journaux
20
29
Autres périodiques
633
772

 

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