À rayons ouverts, chroniques de BAnQ

n° 57, janvier-mars 2002


Le fonds Jacques-Blanchet : de la magie en boîte

Nous sommes à l'été de 1970. À la fin de son récital, un artiste aux cheveux longs s'incline pour saluer la foule enthousiaste d'environ cinq mille personnes venue pour entendre le " poète québécois ". Les bouquets de fleurs pleuvent sur l'homme fatigué mais heureux. Auparavant, quelques jeunes filles de Leningrad avaient profité de l'entracte pour enjamber la scène et lui remettre un petit chien. C'est le sommet de la carrière de Jacques Blanchet, qui a pourtant obtenu plusieurs récompenses en Europe et dans son propre pays. Il effectue alors sa seconde tournée en moins d'un an en U.R.S.S. L'interprète n'a jamais chanté chez lui dans des salles aussi grandes que celles que lui offrent les Russes. À l'invitation de l'agence de spectacles Canadian Concerts and Artists, il parcourra encore une fois l'immense pays en 1974 et donnera une trentaine de représentations dans treize villes différentes, toujours avec autant de succès.

Dans les nombreuses entrevues qu'il accorda à la radio et à la télévision, le chanteur déplorait souvent le fait que la célèbre balade Le ciel se marie avec la mer soit pratiquement la seule de ses créations que l'histoire ait retenue de lui. En trente-cinq années de carrière, il a pourtant écrit près de quatre cents chansons dont l'originalité et la poésie, l'harmonie et la variété des rythmes nous émerveillent encore aujourd'hui.

Le fonds Jacques-Blanchet comprend plus de cinq mètres linéaires de documents sur des supports très variés. Des paroles aux partitions de chansons, des disques, bandes sonores et cassettes en passant par les photographies et les diapositives pour terminer par les trophées et les objets, ces papiers témoignent non seulement des heures de gloire du chanteur ici même et à l'étranger, mais également du rôle essentiel de cet artiste dans l'élaboration et la survie d'une chanson francophone québécoise de qualité.

Les débuts

Douzième et dernier enfant de la famille, Jacques Blanchet naît à Montréal dans le quartier Maisonneuve en 1931. Vingt ans le séparent de son frère aîné et dix-huit ans de l'unique survivante de ses sœurs, Germaine Blanchet, mieux connue sous le prénom de Michelle. Celle-ci épouse l'écrivain Yves Thériault dans les années quarante, avant qu'il ne devienne l'écrivain que nous connaissons. Dès son jeune âge, Jacques manifeste des dispositions pour le dessin. Il étudiera d'ailleurs dans ce domaine, mais sans beaucoup d'intérêt. Un jour qu'il visite sa sœur et son beau-frère établis à Saint-Denis sur le Richelieu, il trouve Yves Thériault occupé à traduire en français les paroles de chansons américaines à la demande d'un éditeur. L'adolescent s'essaie à cet exercice qui l'amuse. De retour à Montréal, il entreprend d'écrire des chansons sur des airs connus pour parodier certains de ses professeurs, ce qui l'amène peu à peu à délaisser les musiques des autres pour écrire finalement ses propres mélodies. Il compose sa première chanson à l'âge de quatorze ans. Toute sa vie, Blanchet vouera une grande reconnaissance aux deux membres de sa famille qui l'encouragèrent patiemment dans ses débuts et lui indiquèrent la voie de la réussite par leur expérience et leurs conseils.

La carrière de Jacques Blanchet débute en 1950, alors que la jeune chanteuse Estelle Caron enregistre l'une des toutes premières chansons de l'auteur, Le train miniature. La radio de l'époque, et plus particulièrement les émissions musicales Chansons de Baptiste et Marianne à CBF et Les Benjamins à CKAC contribueront au succès de ses premières compositions. Il étudie le solfège avec le violoncelliste Jules Dubois, puis l'interprétation avec Mme Louise Darios, une artiste accomplie qui participe également à la formation des Lucille Dumont, Dominique Michel et de plusieurs autres personnalités de la scène.

La consécration

Au milieu des années cinquante, Jacques Blanchet emprunte les pas de Félix Leclerc et de Raymond Lévesque et se rend en France pour tenter d'être mieux connu. La vie à Paris offre peu de ménagements pour un jeune chanteur en quête d'expérience. Il se produit dans les boîtes à chansons de la Rive gauche : Chez Patachou et Au Lapin agile, pour l'équivalent de trois dollars la soirée. Après plusieurs mois d'attente, il déniche un contrat plus long à la Rôtisserie de l'Abbaye, un restaurant où l'on allie les plaisirs gastronomiques et l'audition de spectacles de chansons puisées dans tout le répertoire français. Il compose peu pendant son séjour, mais se perfectionne cependant au Petit conservatoire de la chanteuse Mireille, établit des alliances avec une compagnie de disques et rencontre quelques interprètes féminines qui vivent là-bas, Aglaé et Guylaine Guy. Elles deviendront dès lors les ambassadrices de ses chansons à Paris.

Avant de rentrer au pays, le chanteur s'inscrit au premier Concours de la chanson canadienne lancé par la Société Radio-Canada. Jacques Blanchet devient le premier lauréat de ce concours en 1957 avec la chanson Le ciel se marie avec la mer, interprétée par Lucille Dumont. Cette étape importante marque pour lui le début de ses grands succès : nouveaux prix en 1958 et en 1962, tournées au Québec et nombreuses prestations dans des boîtes à chansons parisiennes et dans celles qui s'ouvrent chez nous à cette époque.

L'âge d'or des boîtes à chansons

Sous l'influence française, les cabarets s'étaient répandus au Québec dès l'après-guerre. On se souvient plus spécialement du Faisan doré puis du Saint-Germain-des-Prés où Jacques Normand animait les nuits de Montréal en compagnie d'artistes tels que Monique Leyrac, Clémence Desrochers ou le duo Pierre Roche et Charles Aznavour. L'arrivée de la télévision amena l'éclosion d'innombrables talents. À la fin des années cinquante, Claude Léveillée et Jean-Pierre Ferland, qui en étaient à leurs débuts, se joignirent à Raymond Lévesque, Jacques Blanchet et à l'inimitable Clémence Desrochers pour former le groupe Les Bozos, dont le nom s'inspire d'une chanson de Félix Leclerc. De 1959 à 1962, la formation tint une place de choix sur la scène montréalaise en attirant même à ses spectacles des noms prestigieux comme ceux d'Édith Piaf, d'Yves Montand et de Simone Signoret. Le groupe, dont chacun des membres savait garder sa propre originalité, est à l'origine des premières boîtes à chansons. Il se produisit dans des restaurants de la métropole : Au Lutèce, puis au Café André, au parc Lafontaine et à l'île Sainte-Hélène. Il eut également l'occasion de partir en croisière vers l'Europe grâce à Mme Jeannine Beaubien, la fondatrice du Théâtre international de Montréal mieux connu sous le nom de La Poudrière.

Pendant ce temps, d'autres boîtes ouvrent leurs portes, notamment La Butte à Mathieu à Val-David et Chez Gérard à Québec, là même où Charles Trenet chantera plusieurs fois. Jacques Blanchet se produira assidûment dans ces salles, de même que dans plusieurs autres. Nous savons gré au chanteur d'avoir su conserver autant de pièces illustrant une étape très riche dans l'histoire de notre chanson. Grâce aux nombreuses photographies de bonne qualité dont le fonds regorge, on peut suivre, en parallèle à l'évolution des boîtes à chansons, celle de sa propre carrière, l'auteur ayant pris soin d'annoter largement ses documents photographiques et de dater la plupart d'entre eux.

Les années de transition

L'année 1962 apporte au compositeur une large part de récompenses. Il remporte quatre prix au concours international Chansons sur mesure avec ses chansons Tête heureuse, Les fous de Bassan, Le malaise et C'était un fou. À Bruxelles où ils vont défendre les honneurs du Québec, Jean-Pierre Ferland et Jacques Blanchet méritent chacun le premier prix, l'un pour Feuilles de gui, et l'autre pour Tête heureuse. La carrière du chanteur s'orientera différemment par la suite, sans qu'il ne délaisse toutefois la chanson. Nous aurons l'occasion d'en apprendre davantage sur lui dans l'un des prochains numéros de cette revue.

France OUELLET
Division des archives privées


Retour au menuRegard sur la publicité dans les périodiques québécois, 1890-1950

Depuis maintenant plus d'un siècle, la publicité dite “ de masse ” fait partie intégrante de la vie des Québécois. Avant l'arrivée de médias électroniques comme la radio et la télévision, elle rejoignait principalement la population par la presse écrite, c'est-à-dire par les journaux et plus particulièrement les revues. Plus élaborées et occupant plus d'espace, les publicités présentes dans ces périodiques nous ouvrent les yeux sur la société d'alors ainsi que sur son évolution au fil du temps.

Il va sans dire qu'à ses débuts, vers la fin du XIXe siècle, la publicité n'était pas très bien vue au Québec. La tradition catholique s'accordait mal avec l'idée qu'on puisse convaincre les gens de se procurer un produit dont ils n'avaient probablement pas vraiment besoin. Le statut d'infériorité économique des Canadiens français faisait également en sorte que les produits annoncés étaient surtout d'origine canadienne-anglaise ou américaine, ce qui renforçait l'idée de la publicité comme étant quelque chose d'“é”à la province de Québec. Toutefois, l'avènement de la société de consommation et l'amélioration graduelle des conditions de vie eurent vite fait de changer les mentalités. À partir des années 1920, l'existence de la publicité était non seulement acceptée, elle était même perçue comme nécessaire. C'est d'ailleurs à cette époque que fut publié La Clé d'or, premier périodique québécois consacré uniquement à la publicité. On y vantait dans ses pages les vertus économiques de cette “force bienfaisante ” : Il faut une arme moderne pour remporter la victoire sur les champs de bataille économiques. Cette arme est la publicité… Pourquoi le chiffre d'affaires des maisons d'Ontario grandit-il, chez nous, dans des proportions étonnantes? Nous ne faisons pas assez de réclame pour nos produits; nous avons peur de nous faire connaître1.

Cette réalisation de la puissance de la publicité s'illustre par la présence de plus en plus importante de produits d'ici dans les pages des périodiques, mais aussi par une évolution dans la façon dont les publicitaires anglo-saxons abordent le marché québécois pour y vendre leurs marchandises : de simples traductions (souvent bâclées) des campagnes publicitaires destinées au marché nord-américain, on passe peu à peu à des adaptations dans lesquelles les Smith deviennent des Tremblay. Les créations de campagnes destinées exclusivement au marché québécois ne deviennent courantes que vers les années 50 et 60, avec l'apparition d'une véritable industrie locale de conception publicitaire.

La publicité, miroir de la société

Si la publicité peut être un miroir de la situation économique, elle peut également jouer ce rôle au niveau social. Pour intégrer une marchandise dans le monde, la publicité doit se baser sur ce dernier dans la création et la confection de ses réclames… Ce faisant, la publicité récupère systématiquement des modèles, des rôles, des archétypes de modes de vie que produit, consomme et reproduit la société 2. Ainsi, il est intéressant de voir que les premières publicités à envahir les pages des périodiques dans les années 1890 annonçaient des produits reliés à la santé : des “remèdes ”. Les annonces de “vins fortifiants”, sirops et autres ceintures électriques étaient considérées comme acceptables parce que personne ne discutait le fait que la santé devait à tout prix être préservée: un arrêt de travail dû à la maladie n'était pas envisageable étant donné l'absence de toute forme de protection pour les travailleurs. Pour les femmes aussi, éviter la maladie était vu comme un devoir, car malades, elles ne pouvaient prendre soin des enfants et remplir leurs obligations domestiques3.

Pendant les années folles, marquées par une amélioration de la qualité de vie et une graduelle progression de la notion d'individualisme, le discours publicitaire surtout utilitariste et informatif se trans-forme pour devenir plus visuel, plus imagé ; avec l'arrivée de publicités de produits autres que des remèdes, on voit apparaître les premières associations symboliques à une psychosociologie du consommateur4. C'est notamment à cette époque qu'on commence à associer un produit à une mode, à un style de vie, dans le contexte de publicités où figurent des gens beaux, en santé et " avec de la classe ", et où on fait une constante apologie du " progrès ". Dès lors, par l'invention de cette vie idéale liée à la consommation, la publicité a véritablement commencé à contribuer à changer la société, et non simplement à la refléter. Par exemple, c'est dans le contexte de publicités associées à certains produits qu'apparurent les premières mentions publiques de ce qu'on appelait pudiquement " les problèmes féminins " (menstruations, ménopause, etc.), sujet jusque-là resté peu exploré, sinon tabou5.

La publicité d'hier à aujourd'hui

Finalement, on ne peut passer sous silence un autre attrait de l'examen des publicités de cette époque prétélévisuelle : l'évolution des techniques publicitaires. Des caractéristiques visuelles utilisées (couleur, présentation graphique, etc.) aux slogans, la publicité s'est raffinée avec le temps. Sans doute, de notre point de vue moderne, nourri de rectitude politique et habitué aux divers moyens utilisés par les annonceurs, certaines campagnes de cette époque font sourire… ou dresser les cheveux sur la tête. Il va sans dire que des publicités comme celles reproduites dans cet article en disent long sur l'évolution des mentalités depuis cette époque. Mais ceci ne signifie pas que certaines “recettes ” publicitaires ne peuvent pas durer. À cet égard, on peut remarquer que les publicités de plus d'une marque de bière font souvent référence à l'histoire québécoise et canadienne, dès les années 1920, un concept publicitaire encore utilisé de nos jours.

La collection de périodiques de la Bibliothèque nationale du Québec réserve ainsi bien des surprises à quiconque s'intéresse aux aspects économiques, sociaux ou techniques de la publicité. Fait à noter, la recherche au sein de cette collection est désormais facilitée par la présence de plus de 2500 références à des annonces publicitaires à l'intérieur de l'Index Trépanier, une base de données recensant le contenu de nombreux périodiques québécois, qui fera l'objet d'un article dans un prochain numéro de ce Bulletin.

Mathieu THOMAS
Division des revues, journaux et publications gouvernementales


1. Retour au texteAlbert Lemieux. La publicité, force bienfaisante, La Clé d'or, mars 1927, vol. 2, no 1, p. 9.
2. Retour au texteLuc Côté. Publicité de masse et masse publicitaire : le marché québécois des années 1920 aux années 1960. Presses de l'Université d'Ottawa, 1999, p. 157.
3. Retour au texte Denis Goulet. Le Commerce des maladies : la publicité des remèdes au début du siècle. IQRC, 1987, p. 12
4. Retour au texteLuc Côté. Publicité de masse et masse publicitaire : le marché québécois des années 1920 aux années 1960. Presses de l'Université d'Ottawa, 1999, p. 172.
5. Retour au texte Denis Goulet. Le Commerce des maladies : la publicité des remèdes au début du siècle. IQRC, 1987, p. 20


Retour au menuL'édition généalogique au Québec

Même si l'on ne peut lier les publications à caractère généalogique à une catégorie littéraire spécifique, il n'en demeure pas moins que ces ouvrages constituent une part appréciable de l'édition québécoise des dix dernières années. À l'aide des données compilées par la Bibliothèque nationale du Québec, il est possible d'apporter certaines précisions au sujet de l'édition généalogique au Québec et d'analyser ce phénomène assez récent dans l'histoire de l'édition québécoise.

Les premiers ouvrages

L'histoire d'un peuple, de ses habitants et de sa population se reflète notamment à travers des études démo-graphiques, des histoires de paroisses, des histoires de familles ou des répertoires de généalogie. Le Québec, en raison de ses origines françaises et de sa population concentrée de part et d'autre du fleuve Saint-Laurent, constitue un ensemble unique au monde pour les recherches démographiques et généalogiques.

C'est à partir des registres de l'état civil que les premiers auteurs ont puisé leur matériel. La publication du premier ouvrage généalogique au Québec revient à l'abbé Jean-Baptiste-Antoine Ferland. Dans Notes sur les registres de Notre-Dame de Québec, publié en 1854, l'auteur relève de nombreuses informations nominatives concernant l'origine de la population du Québec sous le Régime français. Cette première publication sera suivie par celle de Jean Langevin, en 1860 et 1863, sur les archives de Notre-Dame de Beauport.

Les recherches initiales faites dans les archives canadiennes et publiées telles quelles ont amené des auteurs comme Pierre Margry à se pencher sur les origines familiales des premiers Canadiens. Dans la foulée des ouvrages précédents, François Daniel publie, en 1867, Histoire des grandes familles françaises au Canada, une étude importante qui se veut à l'image des grands classiques français dans ce domaine et que l'on peut considérer comme le premier véritable livre de généalogie canadienne. En 1871, l'abbé Cyprien Tanguay publie son célèbre Dictionnaire généalogique des familles canadiennes depuis la fondation de la colonie jusqu'à nos jours. Malgré ses carences évidentes, cet ouvrage en sept volumes demeure, encore aujourd'hui, la bible des généalogistes québécois.

Avec cette œuvre monumentale, Tanguay a ouvert la voie à de véritables recherches généalogiques basées sur un ensemble assez complet de documents archivistiques tirés des registres paroissiaux du Québec dont la précision, la continuité et l'état de conservation n'ont pas d'égal dans le monde.

Les progrès de l'édition généalogique

Dès les années 1880, de nombreux ouvrages traitant de l'histoire de la population canadienne sont publiés au Québec. Benjamin Sulte, l'un des plus prolifiques historiens de l'époque fait paraître, en 1882, son Histoire des Canadiens-français, ouvrage qui aura marqué l'époque par ses nombreuses références à l'histoire du peuplement de la Nouvelle-France et de l'Acadie, à la généalogie et à la biographie des héros nationaux.

Parallèlement aux œuvres nationales, de nombreux auteurs publient des études familiales comme celles des familles Rouer de Villeray (1851), Duquesne (1864), Trudelle (1875), Sales de La Terrière (1882), pour n'en citer que quelques-unes. Ce genre d'ouvrages sera suivi par de véritables histoires de familles et de nombreuses biographies d'ancêtres dont l'ampleur s'est accentuée au début du XXe siècle.

On retrouve également dans cette catégorie les premiers dictionnaires de familles, comme celui de François Lesieur Desaulniers : Les vieilles familles de Yamachiche (1899), ou l'étude de David Gosselin qui, en 1906, présente la généalogie des familles de Charlesbourg. Il sera suivi dans ce genre par le Dictionnaire généalogique des familles de Beauce, compilé par Charles Beaumont (1906), puis de Généalogie des familles de la Rivière-Ouelle (1908), de l'abbé Adolphe Michaud.

Les histoires de paroisses, qui font leur apparition dans la seconde moitié du XIXe siècle, font également une large part à la généalogie en consacrant plusieurs pages à l'étude des familles fondatrices des paroisses et des villages du Québec. L'histoire de la paroisse de Cap-Santé, (1884), de l'abbé Félix Gatien et l'Histoire de L'Acadie, (1908), de Stanislas-A. Moreau en sont de beaux exempLes répertoires

Les compilations des actes de l'état civil : baptêmes, mariages et sépultures constituent une autre catégorie de publications généalogiques qui s'est considérablement développée depuis le début du XXe siècle. C'est au cours des années 1930 que les premiers véritables répertoires de mariages sont publiés au Québec. Le premier est, semble-t-il, Mariages de Saint-Ignace-du-Lac depuis le début de la paroisse jusqu'en 1930, compilé par le frère Lucien Rivest. Quant au premier répertoire de baptêmes, mariages et sépultures, il s'agit de celui de Saint-Sauveur-des-Monts 1853-1864, compilé par Joseph-Elzéar Bernard et publié en 1940.

Avant 1960, les répertoires de mariages sont l'œuvre d'individus, principalement des religieux qui ont un accès facile aux archives paroissiales. La relève est assurée par les sociétés de généalogie qui jouent également les rôles d'éditeurs et de diffuseurs. Le nombre de répertoires publiés au Québec a considérablement augmenté au cours de ces quarante ans. Les recherches effectuées dans différentes bibliothèques révèlent l'existence de quelque 2300 répertoires dont les données couvrent la majeure partie du territoire du Québec.

La décennie 1990-2000

Entre 1990 et 2000, la publication d'ouvrages généalogiques n'a cessé de croître pour atteindre 2031 titres soit une moyenne de 184 titres par an, comprenant des brochures, des livres et des périodiques. Cette production exclut les publications électroniques et les sites Web pour lesquelles les données ne sont pas disponibles.

À l'aide du tableau ci-dessous, on peut mesurer toute l'importance de l'édition généalogique au Québec au cours de la dernière décennie. L'analyse des données permet de constater que les 976 monographies comprennent des ouvrages tels que les biographies d'ancêtres, des histoires et des dictionnaires de familles, des guides généalogiques et d'autres ouvrages similaires.

Au cours de la même période, les 455 répertoires publiés au Québec comprennent des compilations de baptêmes, de mariages et de sépultures dont les données ont été tirées des registres paroissiaux antérieurs à 1994. Par ailleurs, de plus en plus de monographies, telles que les histoires de municipalités, de paroisses et de régions incluent des chapitres complets consacrés à la généalogie des familles de la région. On dénombre 312 titres publiés dans cette catégorie au cours des dix dernières années.

Les périodiques, généralement constitués de bulletins de sociétés de généalogie, sont passés de 16 titres en 1990 à 35 titres en 2000, soit une augmentation de 100 %. Dans cette catégorie, on peut également ajouter les quelque 140 périodiques d'associations de familles du Québec dont le contenu fait une large part à la généalogie.

Année de publicationMonographiesRépertoires de B.M.S.Monographies comprenant des généalogiesPériodiques de généalogie Total 
1990
75
55
34
16
180
1991
101
37
28
18
182
1992
78
39
20
20
173
1993
68
42
30
24
164
1994
88
51
30
24
198
1995
91
47
25
28
191
1996
86
39
18
28
170
1997
92
36
41
30
199
1998
98
24
29
32
183
1999
102
52
23
32
209
2000
100
28
18
35
182
Total :
976
455
312
288
2031

 

Les publications de la prochaine décennie

En moins de 150 ans, il s'est publié au Québec quelque 2950 ouvrages généalogiques. II est fort probable, si la tendance se maintient, pour employer une expression connue, que la production d'ouvrages généalogiques gardera son rythme actuel au cours des dix prochaines années tout en faisant une large part à l'édition électronique.

Bien qu'il soit difficile de prédire quels types de publications généalogiques verront le jour dans les prochaines années, il est à prévoir que les publications électroniques prendront une ampleur sans précédent. On retrouvera de plus en plus d'ouvrages sur cédérom et même des productions de plusieurs centaines de giga-octects sur des disques durs externes. Ces nouveaux supports proposeront des dictionnaires de familles, des banques de données généalogiques et des ouvrages numérisés.

On assistera également à la multiplication de biographies d'ancêtres et d'histoires de familles. Quant aux répertoires de naissances et de décès, ils ne cesseront de croître jusqu'à ce que toutes les régions du Québec en soient pourvues. En ce qui concerne les répertoires de mariage, on observera une réduction sensible de même que l'abandon de grandes séries de répertoires sur support papier. Par contre, il est à prévoir une augmentation significative d'ouvrages commémoratifs qui feront une large place à l'histoire des familles du Québec.

Marcel FOURNIER

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.